Après le meurtre de Chloé, 14 ans, un bourg de l'Aisne sous le choc
Recueillement, sidération et écoute: au lendemain du meurtre de Chloé, 14 ans, parents et enfants de Fère-en-Tardenois (Aisne) étaient traumatisés, tandis que le suspect a reconnu les faits en garde à vue selon le parquet, ce que conteste son avocat.
L'enquête, ouverte pour assassinat, avait mené à l'interpellation, mercredi en fin d'après-midi, d'un homme de 23 ans à Soissons.
Celui-ci a déclaré en garde à vue "avoir eu une relation amoureuse avec la jeune fille, récemment terminée", a précisé jeudi le parquet de Soissons dans un communiqué.
Il a reconnu sa présence au moment des faits et "avoir fait usage d'un couteau" à l'encontre de la victime, mais a nié "l'intention homicide", selon le parquet. Sa garde à vue va être prolongée.
Mais selon l'avocat du prévenu, Me Arnaud Miel, son client "ne reconnaît pas les faits" dans leur ensemble, a-t-il affirmé à l'AFP, insistant sur sa présomption d'innocence et refusant d'en dire davantage sur son profil.
Il s'agit d'un homme "sans profession" qui vivait "chez ses parents" et déjà connu des services de police et de justice pour port d'arme illégal en 2023, selon le parquet.
Compte tenu de la qualification criminelle retenue, le parquet de Soissons devrait prochainement se dessaisir au profit du pôle criminel du parquet de Laon.
Chloé, scolarisée en troisième, se rendait à pied à son collège mercredi matin lorsqu'elle a été mortellement blessée de plusieurs coups portés à l'arme blanche, selon le parquet de Soissons.
Le collège Anne de Montmorency de Fère-en-Tardenois a ouvert ses portes jeudi matin aux élèves souhaitant être accueillis. La plupart d'entre eux, accompagnés par des gendarmes ou des personnels jusqu'à l'intérieur de l'établissement, n'ont pas souhaité parler à la presse.
- "L'horreur absolue" -
"C'est très difficile (...). C'est l'horreur absolue", a témoigné sur place une mère de famille ne souhaitant pas donner son nom.
"On a parlé" de ce qui s'est passé en famille mercredi soir, a-t-elle confié, disant "encourager" ses filles, dont l'une "connaissait très très bien" la victime, à se rendre à la cellule d'urgence médico-psychologique mise en place au collège.
Ce jeudi matin, "j'ai accompagné mes enfants", a-t-elle poursuivi. "D'habitude, elles prennent le bus, mais ce matin je voulais être là pour elles, c'était important d'être là pour mes filles", continue-t-elle, envahie par "la tristesse".
"On est à la campagne, on pense être en sécurité mais pas du tout", réagit Elodie, une autre mère de famille.
Sa fille Ashley, scolarisée en quatrième, se souvient de Chloé comme d'une adolescente "très gentille", qui n'était "jamais seule", toujours entourée d'amis.
Au collège, "tout le monde parle de ça" et certains élèves "racontent n'importe quoi" sur le sujet, regrette Ashley: "C'est choquant".
"Depuis hier, on en parle beaucoup, on en a parlé énormément à la maison et je pense que c'est important", assure la mère d'Ashley. Mais "c'est compliqué" de trouver les mots, reconnaît-elle, disant encourager sa fille à "ne jamais rester seule" et à "faire attention à ses fréquentations".
Des bougies et des dizaines de bouquets de fleurs étaient progressivement déposées jeudi devant les grilles du collège, a constaté l'AFP sur place.
Le rectorat a précisé avoir constitué dès mercredi des cellules d'écoute au collège, qui y resteront "autant que nécessaire".
La mairie de Fère-en-Tardenois a décidé de maintenir la traditionnelle "Fête du Muguet" prévue ce week-end, un événement annuel important dans cette petite ville de 2.800 habitants: "Nous la dédions à la mémoire de Chloé. Nous lui rendrons hommage à différents moments", a déclaré la mairie sur Facebook.
"J'espère qu'à la suite de ça, la loi sur le détournement de mineurs sera plus ferme. C'est inacceptable de se retrouver à 23 ans à sortir avec une fille de 14 ans", s'est indignée Julie, 25 ans, une habitante de Fère-en-Tardenois interrogée jeudi par l'AFP.
Cent-sept femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en 2024, contre 96 en 2023, selon les dernières données de la Mission interministérielle pour la protection des femmes (Miprof).
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