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Gironde: après les flammes, l'angoisse des petites entreprises
Gironde: après les flammes, l'angoisse des petites entreprises / Photo: Alain JOCARD - AFP

Gironde: après les flammes, l'angoisse des petites entreprises

Prise au piège des mégafeux, l'économie du bassin d'Arcachon est paralysée: 14.500 entreprises ont été mises à l'arrêt et des milliers d'entrepreneurs redoutent d'importantes pertes d'exploitation, potentiellement fatales.

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Installée sur la route du Grand Crohot à Lège-Cap-Ferret, en plein cœur des incendies, Bénédicte Baggio n'a plus accès à "Fumette", son fumoir artisanal de poissons, situé en zone d'évacuation.

Si le bâtiment a heureusement été épargné par les flammes, la cogérante n'a plus beaucoup d'espoir pour son important stock de denrées périssables - l'équivalent d'un tiers de son chiffre d'affaires -, dépendant de la chaîne du froid.

"On ne connaît pas l'état des pertes, ni la date à laquelle on va pouvoir redémarrer notre activité, on est juste perdus et inquiets pour l'instant", confie-t-elle, résignée, à l'AFP.

À huit kilomètres plus à l'est, à Arès, le gérant de l'enseigne de location "A Bicyclette", Jérôme Elies, fait lui aussi les comptes. Et les perspectives sont sombres.

"Je pense être à peu près à 25.000 euros de perte de chiffre d'affaires prévisionnel", déplore le loueur, qui réalise d'ordinaire les trois-quarts de son activité estivale entre le 1er juillet et le 20 août.

Le feu s'est arrêté à cinquante mètres de sa boutique. Mais face aux paysages dévastés et aux consignes des autorités, les touristes, en particulier étrangers, ont déjà plié bagage et les annulations s'enchaînent.

L'exode des vacanciers "a anéanti la saison, ils ne reviendront plus", déplore Carole Maret, créatrice de bijoux à l'atelier "Kokobelli" à Lège-Cap-Ferret.

"Ces mois d'été nous permettaient de constituer la trésorerie pour vivre le reste de l'année", souffle l'artisane d'art. "Il va y avoir beaucoup de faillites".

Selon la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) locale, environ 14.500 entreprises girondines sont paralysées, sur quelque 178.000 dans le département selon l'Insee. Bercy estime à environ 130.000, le nombre de salariés qui ne peuvent pas travailler, du fait des incendies.

- Peu d'espoir côté assurances -

Face à l'important manque à gagner qui se profile, les trois entrepreneurs explorent fébrilement leurs options d'indemnisation auprès de leurs assurances.

Mais les feux de forêt n'entrant pas dans le régime des catastrophes naturelles, l'espoir d'une prise en charge des "pertes d'exploitation" se heurte souvent aux clauses des contrats.

Ces derniers exigent généralement des dégâts matériels directs sur l'outil de production pour déclencher les indemnisations.

"Une entreprise fermée sur décision préfectorale n'est en rien assurée sur la perte d'exploitation", rappelle Mathias Saura (Medef Gironde), les assureurs n'ayant pas vocation à "pallier des choix de nos dirigeants".

"Les assurances pour pertes d'exploitation, c'est pour les très grosses entreprises. Les petits artisans travaillent sans filet", abonde Carole Maret, de Kokobelli.

Du côté des salaires, des dispositifs d'urgence ont été activés par le gouvernement, à l'image du chômage partiel.

Bénédicte Baggio y a d'ores et déjà eu recours pour ses deux employés, tout en rappelant qu'elle et son cogérant, comme tous les travailleurs indépendants, ne bénéficient pas de cette sécurité.

- Eviter la "double peine" -

Cécile Despons, présidente de l'organisation patronale Les Entrepreneurs (ex-CPME) de Gironde peine à cacher son émotion: "Nous sommes face à une crise totalement inédite. Les salariés sont démunis, tout comme les chefs d'entreprise, dont certains ont perdu leur logement."

"Tout ce que l'on souhaite, c'est éviter la double peine pour les entreprises derrière. Nous attendons des décisions à la hauteur de la gravité de la situation", ajoute-t-elle.

L'antenne girondine qu'elle dirige a activé une cellule de crise à l'attention des entrepreneurs.

Carole Maret, de Kokobelli, espère une "aide gouvernementale exceptionnelle", calquée sur celle déployée pendant la crise du Covid-19.

"Il va falloir beaucoup de courage et de solidarité pour qu'on se relève de tout ça", lâche-t-elle la gorge nouée.

"L'État sera à leurs côtés", a assuré mardi le ministre délégué à l'Industrie, Sébastien Martin, qui a promis que le gouvernement donnera "des réponses plus précises" après une réunion jeudi à Bercy.

Dans une tentative de sauver ce qui peut l'être, Jérôme Elies, avec sa boutique de location de vélos, envisage lui de proposer des offres à prix réduits pour la fin de l'été, à l'intention des rares vacanciers qui souhaiteraient venir "soutenir la région, qui a malgré tout de très belles choses à offrir".

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