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Cristian Mungiu, l'implacable radiographe des fractures sociales
Cristian Mungiu, l'implacable radiographe des fractures sociales / Photo: Sameer AL-DOUMY - AFP

Cristian Mungiu, l'implacable radiographe des fractures sociales

En décrochant sadeuxième Palme d'orà Cannes, le Roumain Cristian Mungiu entre dans un club très fermé de cinéastes et confirme son talent d'observateur acéré des fractures de son pays et de la société occidentale.

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Dans "Fjord", dont il a aussi signé le scénario, le réalisateur enracine son récit en Norvège pour mettre face à ses contradictions une société qui prône la tolérance et l'ouverture aux autres mais peut exclure brutalement ceux qui dévient du chemin tracé pour eux.

Ce film est "un message pour la tolérance, pour l'inclusion, pour l'empathie. Ce sont des termes magnifiques que nous aimons tous, mais il faut les appliquer plus souvent", a-t-il déclaré en recevant la Palme d'or.

Inspiré de faits réels, "Fjord" résonne avec l'histoire personnelle de Cristian Mungiu, devenu samedi le dixième réalisateur à cumuler deux Palmes d'or aux côtés de Francis Ford Coppola, Ken Loach ou Michael Haneke.

Né en 1968 à Iasi (nord-est de la Roumanie), le cinéaste de 58 ans a grandi sous le joug du dictateur roumain Nicolae Ceausescu qui a régné d'une main de fer sur le pays au nom d'un communisme vantant l'émancipation mais opprimant les peuples.

"J'ai grandi sous un régime qui savait mieux que nous, les citoyens, ce dont on avait besoin", a-t-il déclaré à l'AFP pendant la quinzaine cannoise.

"Nous avons cru que ça s'était arrêté avec la chute du communisme et aujourd'hui on découvre que ça peut arriver, même avec les meilleures intentions, dans les sociétés démocratiques", ajoutait-il.

C'est en plongeant dans cette période sombre de son pays que Cristian Mungiu avait connu la consécration à Cannes.

Palme d'or en 2007, son deuxième long-métrage "Quatre mois, trois semaines et deux jours", livrait le récit glaçant d'un avortement clandestin sous le joug de Nicolae Ceausescu.

Vingt ans après, Cristian Mungiu n'a rien perdu de sa détermination à gratter là où ça fait mal.

"Le cinéma doit rester polémique", a-t-il dit à l'AFP. "Je trouve que, dans le cinéma, nous avons commencé un peu à perdre la liberté de vraiment exprimer ce qu'on pense. Il y a trop de films polis qui te confirment que l'idéologie du jour est la bonne et ce n'est pas ce que le cinéma devrait faire".

- Certificat de qualité -

Encore récemment, dans "R.M.N" (2022), Mungiu avait disséqué les angles morts de la tolérance en faisant le récit de la révolte d'un village de Transylvanie contre l'embauche de deux Sri-Lankais par la boulangerie locale, une histoire là aussi inspirée d'un fait réel.

"À travers de petits évènements, dans de petits villages, j'essaie de parler de la nature humaine (...) qui ne change pas comme ça... Il suffit de 24 heures pour identifier un ennemi (...) et libérer des instincts animaux qui sont en nous. Des gens qui sont voisins sont capables, demain, de violer, torturer et tuer", avait-il expliqué alors.

Dans ses jeunes années, le polyglotte Cristian Mungiu avait étudié la littérature anglaise et américaine avant de se former à la réalisation cinématographique à l'école du film de Bucarest.

Pendant ses études de cinéma, il travaille comme assistant réalisateur sur des productions étrangères tournées en Roumanie, notamment "Capitaine Conan" de Bertrand Tavernier ou encore "Train de vie" de Radu Mihaileanu.

Son diplôme en poche, il réalise plusieurs courts-métrages. Son premier long-métrage, "Occident", est remarqué en 2002 à la Quinzaine des réalisateurs, section parallèle du festival de Cannes.

Le festival n'aura de cesse d'occuper une place à part dans son parcours, en tant que cinéaste et membre des différents jurys.

Dans un pays où le cinéma souffre d'une pénurie chronique de fonds et d'un désintérêt des spectateurs, une récompense sur la Croisette est "une légitimation", un "certificat de qualité.

林-L.Lín--THT-士蔑報