Près de Douai, la voiture électrique 100% française devient réalité
Deux immenses usines côte-à-côte, en banlieue de Douai, produisent ensemble les premières voitures électriques 100% françaises: la Manufacture Renault, qui vient de sortir sa 100.000e R5 électrique, et la gigafactory du chinois Envision, son fournisseur de batteries.
Annoncé en 2021,le site AESC Envision, cofinancé par des fonds européens (480 millions d'euros sur 1,3 milliard), atteindra mi-2026 son premier gigawatt-heure, de quoi équiper environ 20.000 véhicules.
En pleine accélération, "le site compte produire 10 GWh par an, l'équivalent des batteries pour 180.000 à 200.000 véhicules", a expliqué mercredi son directeur Ayume Kurose, dont la moitié sera destinée aux voitures Renault. AESC, filiale japonaise du chinois Environ, a déjà embauché 900 personnes et escompte un effectif de 1.200.
Très automatisée, cette usine flambant neuve démarrée en mars 2025 profite du savoir-faire d'AESC, fabricant de batteries depuis 2010 qui possède plusieurs sites en Asie et en Europe. Avec ses six lignes de production, ce site français, son plus important, affiche un taux de rebut de seulement 5%.
Un taux très faible par rapport aux deux autres gigafactories qui viennent de démarrer dans les Hauts-de-France, celle d'ACC (coentreprise de Stellantis, Mercedes et TotalEnergies) et celle du français Verkor. L'enjeu est crucial; la lenteur du décollage d'ACC ralentit la production de certains modèles de Stellantis.
Le site d'AESC Envision a investi plus de dix hectares que lui a vendus Renault, son voisin, dont la "Manufacture" est désormais entièrement consacrée aux modèles électriques.
- Petit train -
C'est ici qu'est produite la Renault 5 électrique, devenue en un an la plus vendue des voitures électriques en France et deuxième en Europe. "Déjà 38.000 immatriculation en France", s'est félicité le ministre de l'Industrie Sébastien Martin.
A terme un petit train transportera les batteries d'AESC vers la chaîne de montage de Renault. "Pour soutenir la cadence de Renault, nous produisons H24", a expliqué le directeur du site d'AESC.
Le constructeur français a lui aussi accéléré pour accompagner l'essor de sa R5 électrique, avec 900 recrutements supplémentaires, dont des salariés venus d'autres sites de Renault dans le monde et des salariés étrangers. Fin 2025, l'usine est même passée aux 3x8 avec une demi-équipe de nuit.
"Nous sommes compétitifs: il est possible en France de produire des voitures électriques. Nous avons investi sur ce site plus de 500 millions d'euros, et nous avons les deux tiers de nos fournisseurs dans un rayon de 300 km", a souligné le directeur général de Renault François Provost. "Un écosystème s'est monté ici", a renchéri le ministre, venu visiter les deux sites.
"On a connu des années difficile, mais on retrouve une bonne dynamique avec la R5. Ca fait du bien à tout le monde", s'est félicité Laurent Bobb, un opérateur qui travaille sur le site de Douai depuis 1988.
Une interrogation toutefois, celle de la technologie des batteries: l'usine d'AESC produit des batteries NMC (nickel-manganèse-cobalt), plus compactes mais "30% plus chères que les batteries LFP" (lithium-fer-phosphate), a expliqué M. Provost. La faute notamment à l'envolée du prix du cobalt. Les batteries LFP présentent aussi "une sécurité accrue" et Renault "en maîtrise mieux la chaîne de valeur".
Aussi les R5 électriques seront-elles plutôt équipées de batteries LFP, que fournit une usine polonaise du groupe coréen LG, a expliqué un responsable de l'usine.
Les batteries NMC de AESC Envision, qui ont l'avantage d'être plus recyclables, devraient en revanche équiper les modèles plus haut de gamme et grande route que la R5, explique Renault, sachant que l'usine de Douai produit cinq autres modèles électriques, dont la Megane, la Scenic et la Nissan Micra.
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