Afflux de migrants à Ceuta, neuf morts
Des centaines de personnes convergeaient jeudi soir dans le nord du Maroc vers l'enclave espagnole de Ceuta, où sont déjà entrés plusieurs milliers de migrants ces derniers jours, dont neuf sont morts en tentant de la rejoindre à la nage.
A environ 15 kilomètres de Fnideq, localité marocaine jouxtant Ceuta, la route était encombrée par des véhicules transportant des jeunes, dont des mineurs, se dirigeant vers la ville espagnole, a constaté un correspondant de l'AFP. D'autres groupes marchaient le long de la route avant d'emprunter des chemins secondaires afin d'éviter les barrages de la gendarmerie.
L'un d'entre eux a expliqué avoir pris la route après "avoir entendu que la frontière avait été ouverte au poste-frontière de Bab Sebta" (la porte de Ceuta).
Plusieurs centaines de personnes, pour la plupart des hommes et adolescents, sont entrées illégalement jeudi à Ceuta, venant s'ajouter au plus de 1.500 migrants arrivés "ces derniers jours" selon les autorités régionales, qui avaient déjà annoncé au moins un mort.
Il s'agit de l'arrivée de migrants la plus importante depuis 2021, quand plus de 10.000 personnes avaient traversé la frontière en deux jours pour atteindre ce petit territoire de 18,5 km2.
Le gouvernement espagnol a annoncé que des soldats seraient déployés pour garantir la sécurité sur ce territoire de la côte nord de l'Afrique. Si leur nombre n'a pas été précisé, la Garde civile sera renforcée par l'envoi de 70 agents, qui s'ajouteront aux 80 déjà présents sur place, et des équipes de plongeurs ainsi que des navires des garde-côtes seront envoyés.
Dénonçant des "images choquantes" venues de Ceuta, la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni a dit jeudi vouloir suspendre l'Espagne de l'espace Schengen, après une déclaration similaire du ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani.
Le ministre espagnol des Affaires étrangères José Luis Albares a ensuite critiqué un message "inapproprié" de la part "d'un pays partenaire et ami dont nous attendons une solidarité européenne et non une démagogie partisane" et convoqué l'ambassadeur d'Italie à Madrid.
- Retour "dès que possible" au Maroc -
Plus de 1.500 personnes sont arrivées "ces derniers jours", à un rythme de "200 personnes par jour" en moyenne, avait indiqué le président le président de la ville autonome de Ceuta, Juan Vivas, parlant d'urgence "absolue" dans des centres d'accueil "débordés et saturés".
"Ca me brise vraiment le coeur de voir tant de gens souffrir, et qui sait combien se sont réellement noyés en chemin", a déploré auprès de l'AFP un habitant de la ville qui vient en aide aux migrants et qui a souhaité rester anonyme.
Le ministre espagnol de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a annoncé qu'il se rendrait à Ceuta vendredi "pour suivre l'évolution de la situation" et rencontrer les autorités locales, saluant aussi la "coopération exemplaire" avec le Maroc.
Les deux pays mettront en oeuvre "des mesures pour le transfert" vers le Maroc "dès que possible, de toutes les personnes qui sont entrées illégalement à Ceuta", a-t-il ajouté.
Mais l'opposition espagnole s'est emparée du sujet. Alberto Núñez Feijóo, le leader du Parti populaire, parti d'opposition de droite, a ainsi dénoncé "une situation désespérée" et "une crise de sécurité nationale".
Ceuta, ainsi que l'autre enclave espagnole de Melilla et le rocher de Peñón Vélez de la Gomera, plus à l'est, constituent les seules frontières terrestres de l'Union européenne sur le continent africain.
Il n'a pas été possible d'obtenir dans l'immédiat de commentaire des autorités marocaines au sujet de ces événements.
En 2021, plus de 10.000 migrants avaient atteint Ceuta depuis le Maroc voisin en deux jours, à la faveur d'un relâchement des contrôles par Rabat, sur fond de crise entre les deux pays au sujet de l'accueil en Espagne pour y être soigné du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario.
Cette crise diplomatique a pris fin en 2022 avec le revirement de Madrid en faveur du plan marocain sur le Sahara occidental, après des décennies de neutralité. Ce soutien avait entraîné une brouille diplomatique entre Madrid et Alger.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez s'est toutefois rendu à Alger le 20 juillet, la première visite en quatre ans d'un chef du gouvernement espagnol, concrétisant ainsi un réchauffement des relations avec l'Algérie.
Mais les relations entre Madrid et Rabat "n'ont pas été affectées" par cette visite, a assuré à l'AFP une source au ministère espagnol des Affaires étrangères.
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