Albanie : le Premier ministre dénonce une "guerre hybride" derrière les manifestations violentes
Le Premier ministre albanais Edi Rama a dénoncé mardi une "guerre hybride" qu'il estime à l'origine des violentes manifestations qui secouent Tirana depuis une semaine, avant une "marche de solidarité" de professeurs d'université avec les étudiants.
Après plusieurs mois de manifestations, essentiellement non violentes, contre un projet de complexe touristique lié à la famille du président américain Donald Trump, Tirana est secouée depuis mardi dernier par les violences qui ont émaillé les protestations des étudiants.
Ces derniers sont descendus dans la rue pour dénoncer des mauvaises conditions d'études, la corruption, mais aussi pour exiger la démission du socialiste Edi Rama, au pouvoir depuis 2013.
La capitale de ce pays des Balkans est le théâtre d'émeutes depuis une semaine, avec des affrontements quotidiens entre des groupes de manifestants, souvent encagoulés, et les forces de l'ordre.
Lors d'une rencontre mardi matin avec les directeurs de lycées de la capitale, le chef du gouvernement a affirmé que derrière ces violences se jouaient une "guerre hybride" qui "s'appuie sur des préoccupations réelles" de la population, à savoir le coût de la vie, les prix du logement et les perspectives d'avenir.
Cette violence est "orchestrée par des mains entraînées à cet effet et alimentée de l'extérieur, par des acteurs étrangers -- une réalité (...) qui devient un sujet majeur dans toute l'Europe", a dit M. Rama, selon un communiqué de son cabinet envoyé à l'AFP.
L'objectif de ces "mains qui se sont immiscées" dans les manifestations, selon lui "totalement légitimes", est de "freiner le progrès (du) pays" et de "bloquer le processus de négociations (d'adhésion) avec l'Union européenne".
Il a annoncé plusieurs mesures face aux manifestants violents mineurs, notamment l'abaissement de l'âge de la responsabilité pénale, actuellement fixée à 18 ans, et l'interdiction des réseaux sociaux pour les enfants de moins de 16 ans.
Ces derniers jours, des manifestants ont incendié ou gravement endommagé des bâtiments de plusieurs ministères, de tribunaux, de banques, ainsi que des commerces. Environ 300 personnes ont été blessées, dont près des deux tiers étaient des policiers, avait indiqué lundi le ministère de l'Intérieur.
Les étudiants ont été rejoints mardi en fin de matinée par des professeurs d'université, appelés par leur syndicat à participer à une "marche de solidarité" pour dénoncer "la violence policière" contre les manifestants. Plusieurs centaines de professeurs ont signé une pétition appelant à "la fin des violences contre les étudiants".
Mardi soir, les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre se sont à nouveau intensifiés, selon les journalistes de l'AFP.
La police anti-émeute a utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour disperser la foule qui tentait de s'approcher du siège du gouvernement, tandis que les manifestants tiraient des feux d'artifice et lançaient des cocktails Molotov et des pierres sur les forces de l'ordre.
Les manifestants ont également incendié des poubelles pour s'en servir de barricades contre la police.
Le Premier ministre, qui a annoncé lundi une prime de 2.500 euros pour "chaque policier en première ligne", a déclaré mardi que la police méritait "le respect et le soutien de tous", affirmant qu'"il n'y (avait) absolument aucun usage disproportionné de la force" et que "la police (faisait) preuve d'une retenue exemplaire".
彭-C.Péng--THT-士蔑報