The Hong Kong Telegraph - "Une agression": en Colombie, des indigènes en lutte contre le nouveau président de droite

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"Une agression": en Colombie, des indigènes en lutte contre le nouveau président de droite
"Une agression": en Colombie, des indigènes en lutte contre le nouveau président de droite / Photo: JOAQUIN SARMIENTO - AFP

"Une agression": en Colombie, des indigènes en lutte contre le nouveau président de droite

Réunis dans les montagnes du sud-ouest de la Colombie, des centaines de gardes indigènes habitués à défendre leurs terres ancestrales face aux groupes armés débattent d'une question brûlante: comment répondre à une initiative du gouvernement central qu'ils jugent "dangereuse".

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Ce corps de défense ancestral s'estime "en danger" en raison d'un plan du gouvernement qui risque de les faire passer sous le contrôle de l'Etat, après l'élection du président de droite Abelardo de la Espriella.

Les gardiens traditionnels se sont illustrés en 2023 dans le sauvetage spectaculaire et médiatique des quatre enfants perdus dans la forêt colombienne pendant 40 jours après un accident d'avion.

"Garde, garde, force, force, pour ma race (mi raza), pour ma terre", chantent ses membres en levant leur traditionnel bâton de bois lors d'une concentration massive à Caloto, un village du département du Cauca ensanglanté par la violence des guérillas et des narcos.

Sans armes à feu, ce corps traditionnel a défendu pendant des décennies son territoire où l'Etat est souvent aux abonnés absents. Ses membres portent secours à des personnes enlevées, recherchent des enfants-soldats et préviennent la déforestation.

C'est ainsi que la garde a porté secours en février dernier à l'ex-candidate au poste de vice-présidente, la cheffe de file indigène Aida Quilcué, enlevée pendant quelques heures par des guerrilleros dans le département du Cauca.

Leur nouveau combat les conduit à défier le gouvernement conservateur d'Abelardo de la Espriella, qui a annoncé la mise en place d'un système d'information pour collecter des données sur les membres de la garde indigène (identité, lieux d'action).

L'initiative "pourrait se convertir en un mécanisme de surveillance, de stigmatisation et de judiciarisation" dans un pays pris dans la spirale de conflits armés depuis plus de 50 ans, alerte un communiqué du Conseil régional indigène du Cauca (CRIC).

"La garde est en danger, parce que notre territoire est en danger et parce que la vie est en danger", déclare à l'AFP Jorge Sánchez, 55 ans, membre du CRIC.

- "Cosmovision" -

Les groupes illégaux se disputent les rentes de situation lucratives du narco-trafic et de l'exploitation minière illégale dans les landes, les forêts et les montagnes colombiennes.

Dans ces contrées lointaines, fiefs des communautés indigènes, les "guerriers millénaires" se trouvent en première ligne pour la défense de leurs peuples.

"Nous parcourons le territoire et nous alertons sur la présence de risques imminents", avance José Joy Martenorio, coordinateur politique du CRIC.

En cas d'urgence, des dizaines d'indigènes arrivent sur les lieux et expulsent les criminels.

Dans ce contexte, l'initiative du gouvernement s'apparente à "une agression politique, systématique, idéologique à part entière", affirme le coordinateur politique Martenorio.

Au moins 120 indigènes ont été assassinés par des groupes criminels au cours des dix dernières années, d'après l'autorité indigène.

Son appui a été déterminant pour l'élection de l'ex-président Gustavo Petro en 2022, premier président de gauche dans l'histoire du pays, qui a remis le pouvoir à De la Espriella en août après de nouvelles élections.

Le président de droite mise sur des négociations avec les exploitants miniers et les acteurs du "fracking" (forage par fracturation hydraulique), rejetés par les communautés indigènes et afro-colombiennes pour leur impact environnemental.

De la Espriella les a accusés de mettre "des bâtons dans les roues du développement de la Colombie".

Partisan de la fermeté, le président a assuré que son gouvernement ne se laisserait pas impressionner par les mobilisations.

"Deux visions opposées du pays", estime Edwin Capaz Lectamo, également membre du CRIC.

L'une défend "le territoire, la vie, la spiritualité, la cosmovision (ndr: la place de l'homme dans l'univers)"; l'autre considère "le territoire comme une opportunité d'exploitation commerciale", développe-t-il.

Quelque 6.000 indigènes venus de toute la Colombie ont participé à la première marche nationale contre le gouvernement le 14 octobre.

Malgré les tensions, ils affirment être "ouverts au dialogue" avec le gouvernement.

Les peuples ancestraux représentent plus de 4% de la population colombienne, dont 350.000 personnes dans le département du Cauca, d'après des données du CRIC en date de 2018.

孫-H.Sūn--THT-士蔑報