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Dans une ancienne cité industrielle américaine, un centre de données divise les habitants
Dans une ancienne cité industrielle américaine, un centre de données divise les habitants / Photo: JOSEPH PREZIOSO - AFP

Dans une ancienne cité industrielle américaine, un centre de données divise les habitants

Depuis qu'un centre de données s'est installé à quelques mètres de chez elle, Eileen Castle, une retraitée, ne profite plus de son jardin avec piscine, perturbée par le bruit et les fumées venues de cet imposant bâtiment sombre.

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Mais à quelques rues de là, Louis Haas salue son installation il y a une dizaine d'années, remplaçant une friche industrielle devenue un repère des toxicomanes de Lowell, ancienne cité industrielle près de Boston.

Au moment où le boom de l'intelligence artificielle fait exploser la construction de "data-centers" aux États-Unis, la querelle qui oppose toujours les habitants de cette petite ville du Massachusetts, près de dix ans après sa construction, illustre la persistance de ce débat dans le pays.

Cette discussion s'est glissée dans la campagne pour les élections de mi-mandat le 3 novembre, alors que de nombreux électeurs, notamment à gauche, se sentent trahis par les élus qui ont cherché à attirer ces investissements.

- Maladie respiratoire -

Depuis que ce centre de données s'est installé dans une usine de pâtes alimentaires tombée à l'abandon, "nous n'avons plus que du bruit", se lamente Eileen Castle, 82 ans.

Autour de sa maison, "il y a de la poussière, de la saleté, toutes sortes de brumes" qui sortent des cheminées de refroidissement installées juste à côté, insiste-t-elle auprès de l'AFP, craignant d'attraper une maladie respiratoire. Ses petits-enfants ne profitent plus de sa petite piscine hors-sol.

"De temps en temps, je pense à vendre ma maison", dit-elle, mais Eileen n'en a rien fait : sa valeur s'est effondrée.

Louis Haas, qui travaille dans la fourniture de café pour des entreprises de la tech, ne voit pas les choses de la même manière : à 50 ans, il souligne que de tels projets sont bénéfiques pour des gens comme lui.

"Je suis franchement à gauche, je suis un démocrate", dit-il, "mais je suis aussi pour les emplois, pour l'économie."

Markley, l'entreprise derrière ce centre de données, affirme employer plus d'une centaine de salariés, dont un tiers originaires de la région. Son directeur Jeff Markley souligne, dans un communiqué à l'AFP, être derrière "l'infrastructure numérique qui alimente notre économie, nos écoles et les besoins quotidiens de chacun."

Le groupe tient aussi à minorer les problèmes de pollution : les générateurs diesel, prévus pour alimenter les serveurs en électricité en cas de coupure de courant, ne sont testés qu'une fois par semaine pour cinq minutes et produisent un bruit "plus faible qu'une conversation discrète entendue à un mètre."

L'entreprise affirme aussi mener des tests sur les rejets et avoir planté quelque 2.000 arbres.

- Rétropédalage -

La municipalité de Lowell a signé en 2015 un accord avec l'entreprise pour lui faire éviter 77 millions de dollars d'impôts locaux, selon le journal de la ville.

Mais, comme à travers le pays, le vent a tourné. En mars, le conseil municipal a voté à l'unanimité un moratoire d'un an sur la construction des centres de données.

Le projet d'extension de Markley a lui été gelé par la justice, saisie par des résidents.

Sur ce type d'ancien site industriel, "l'effet cumulatif de la pollution est vraiment important", souligne auprès de l'AFP Adam Reynolds, avocat d'une association environnementale qui représente des riverains.

Nombre d'entre eux se sentent abandonnés par les démocrates, et notamment la gouverneure du Massachusetts qui a soutenu l'adoption de niches fiscales pour la construction de centres de données avant de rétropédaler cette année - comme tant d'élus de gauche à travers le pays - en décidant de la suspension des demandes de projets.

À Lowell, Luz Marte en veut à Markley parce qu'elle soupçonne un projet de l'entreprise d'avoir provoqué un triplement de son tarif d'assurance habitation pour la maison qu'elle a acquise l'an passé.

"J'ai acheté cette maison pour mon fils, pour qu'il y grandisse, qu'il s'y sente bien, qu'il ait un avenir", dit-elle. "J'ai désormais un doute."

李-X.Lee Li--THT-士蔑報