Le gouvernement s'apprête à annoncer des milliards d'euros d'économies
Quelles coupes dans les dépenses? Le gouvernement devrait annoncer mardi, lors d'une réunion du comité d'alerte des finances publiques, des mesures d'économies supplémentaires pouvant aller jusqu'à six milliards d'euros pour compenser l'effet de la guerre au Moyen-Orient.
Le comité d'alerte, créé l'an dernier, se réunit mardi à 09H00 à Bercy autour des ministres de l'Economie Roland Lescure, des Comptes publics David Amiel, du Travail Jean-Pierre Farandou, de la Santé Stéphanie Rist et de l'Aménagement du territoire Françoise Gatel. Doivent être présents des parlementaires, des représentants des élus locaux, de la Sécurité sociale et de l'Etat ou des syndicats.
Objectif: faire un point sur le coût de la guerre au Moyen-Orient sur les finances publiques et alerter sur les risques de dérapage budgétaire.
Selon des sources proches des discussions, confirmant des informations du Monde, le gouvernement devrait annoncer à cette occasion des mesures d'économies pouvant aller jusqu'à 6 milliards d'euros, dont 4 milliards d'euros pour l'Etat et 2 milliards pour la Sécurité sociale.
Les Echos citent le chiffre de 4 milliards d'euros.
Roland Lescure et David Amiel ont plusieurs fois souligné que la guerre au Moyen-Orient entraînait un "renchérissement significatif" de la charge de la dette, "aux alentours de 4 milliards" d'euros. David Amiel évoquait début avril un surcoût de 3,6 milliards d'euros.
- Défense épargnée ? -
Le ministre des Comptes publics avait aussi prévenu que "toute dépense publique nouvelle qui pourrait être rendue nécessaire par la crise" énergétique entraînerait "une annulation d'une dépense qui était prévue, à l'euro près", afin de "tenir (les) objectifs pour 2026".
Le gouvernement a déjà annoncé 130 millions d'euros de dépenses de soutien face à la crise: 70 millions pour aider transporteurs, pêcheurs et agriculteurs, et 60 millions pour renforcer le chèque énergie. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a indiqué vendredi qu'un "prochain paquet d'aides" serait annoncé en mai pour les filières les plus touchées.
Sous l'effet de la crise énergétique, le gouvernement de Sébastien Lecornu a par ailleurs dû revoir à la baisse la semaine dernière sa prévision de croissance, à 0,9% en 2026 (contre 1% prévu avant) et en hausse sa prévision d'inflation, à 1,9% (contre 1,3% auparavant).
Il a maintenu en revanche son objectif de 5% de déficit cette année, après une bonne nouvelle en 2025 (5,1% contre 5,4% initialement attendus). Mais Bercy a prévenu que la "vigilance" restait de mise sur le plan budgétaire.
Sous pression pour agir sur les dépenses, le gouvernement pourrait annoncer des annulations ou gels de crédits touchant les ministères, même si certains seraient davantage épargnés. "On ne voit pas comment la Défense trinquerait", a indiqué l'une des sources interrogées par l'AFP.
- "Injuste et stupide" -
Selon une source syndicale, les mesures d'économies sur la Sécurité sociale, réalisées notamment par des reprises de crédit, ne "devraient pas toucher les assurés sociaux".
Face à l'ampleur des coupes envisagées, le président de la commission des Finances de l'Assemblée, Eric Coquerel (LFI), s'est montré extrêmement critique.
"Au lieu de jouer sur les marges de Total (TotalEnergies, NDLR) pour bloquer les prix du carburant et d'envisager de taxer les surprofits des grandes entreprises, le gouvernement s'apprête à faire payer les Français via la baisse des dépenses publiques et sociales", a-t-il réagi sur X.
Cela aura "un effet récessif garanti sur l'économie, la croissance et les rentrées fiscales. C'est injuste et stupide économiquement", a-t-il ajouté, estimant que l'Assemblée nationale "a le droit d'en débattre" et demandant un projet de loi de finance rectificative.
Créé au printemps dernier, le comité d'alerte des finances publiques s'est réuni deux fois en 2025: le 15 avril autour du Premier ministre d'alors François Bayrou, qui avait alerté les Français sur le "piège" de la dette menaçant "la survie (du) pays", et le 26 juin.
Ce comité avait alors annoncé un coup de frein supplémentaire de cinq milliards d'euros sur les dépenses publiques afin de tenir l'objectif d'un déficit de 5,4% du produit intérieur brut (PIB) en 2025.
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