Kosovo: la formation d'Albin Kurti remporte les législatives, mais en recul
La formation du Premier ministre Albin Kurti, Vetëvendosje (VV), au pouvoir depuis 2021 au Kosovo, a remporté dimanche les nouvelles législatives anticipées, largement boycottées par les électeurs, mais enregistre un score en recul qui ne lui permet pas de former seul le prochain gouvernement.
Parti tenant d'une politique sociale marquée à gauche et d'une orientation nationaliste, le VV a remporté près de 43% des voix, contre 51% lors du précédent scrutin anticipé en décembre, selon les résultats préliminaires publiés sur le site de la Commission électorale basés sur le décompte des bulletins dans la quasi totalité des bureaux de vote.
Son score laisse présager des négociations compliquées sur la nouvelle majorité, alors que le petit pays des Balkans est confronté depuis seize mois à une paralysie institutionnelle.
S'adressant, à minuit, à plusieurs centaines de ses partisans sur la place centrale de Pristina, le chef du gouvernement par intérim a souligné qu'il s'agissait de la quatrième victoire consécutive de sa formation depuis 2021.
"Cela confirme que cette décennie, au minimum, et je pense même plus longtemps encore, sera celle du gouvernement du Vetëvendosje", a lancé M. Kurti.
Moins de 37% des quelque 2 million d'électeurs ont voté lors de ce scrutin, le troisième en seize mois. La mobilisation est émoussée par les scrutins à répétition, qui ont alimenté la frustration. En décembre, environ 45% des électeurs avaient voté.
Les deux principales forces de l'opposition, le Parti démocratique du Kosovo (PDK) et la Ligue démocratique du Kosovo (LDK), ont remporté respectivement 21% et près de 18% des suffrages.
"Ca suffit!", s'est exclamé Gezim Selimi, 66 ans, enseignant à la retraite, après avoir voté à Pristina. "J'attends des partis qu'ils reviennent enfin à la raison et qu'ils travaillent pour le Kosovo", a-t-il dit à l'AFP.
Depuis les élections de février 2025, le Parlement est dans l'impasse. Arrivé alors également en tête, le VV n'avait pas réussi à bâtir une majorité pour former le gouvernement.
Après des mois de tergiversations, le pays s'est résolu à convoquer des élections anticipées en décembre. Le nouveau résultat avait permis à M. Kurti de former un cabinet.
- "Grande immaturité" -
Mais le Parlement avait cette fois buté sur l'élection du ou de la présidente du pays, faute de compromis entre les partis, et il a de nouveau été dissous en avril.
Pour Virgjina Dumnica, qui a voté à Pristina, ce scrutin était "inutile". "Les partis politiques font preuve d'une grande immaturité car notre pays n'est pas assez riche pour organiser deux élections par an", a martelé cette juge à la retraite de 71 ans.
Le scrutin a coûté au pays plus de 10 millions d'euros, une somme énorme pour l'un des pays les plus pauvres d'Europe.
Quant à l'espoir de voir ce scrutin résoudre la crise politique, les experts sont prudents. "La crise va se poursuivre", avait estimé avant les élections le chercheur en économie politique Ardi Uka.
Pour Safet Gerxhaliu, professeur à l'université de Pristina, le Kosovo est englué dans une "crise systémique" (...) la plus grande depuis la déclaration d'indépendance" vis-à-vis de la Serbie en 2008.
Cette crise a empêché le pays de recevoir des fonds européens prévus par le plan de croissance de Bruxelles pour les Balkans occidentaux.
Pour l'heure, le pays a touché 62 millions d'euros sur les 980 millions disponibles, à utiliser jusqu'à fin 2027 en échange de l'adoption de plusieurs réformes.
L'inflation a dépassé les 5% en janvier en rythme annuel, et "continue de progresser principalement sous l'effet de la hausse des prix des denrées alimentaires", note le Fonds monétaire international (FMI).
Basri Jonuzi, chimiste à la retraite, dit ne pas s'attendre à "de réels changements". "Nous avons les mêmes personnes, la même mentalité", a-t-il déploré en sortant d'un bureau de vote dans la capitale.
莊-X.Zhuāng--THT-士蔑報