Xenia Fedorova, la Russe que la France a à l'oeil
Voix du Kremlin, comme l'en accuse l'Etat français? Ou parole libre et dissonante, comme le jurent les médias Bolloré, où elle a micro ouvert? La Russe Xenia Fedorova est au centre d'un débat brûlant, entre craintes d'ingérence et affirmation de la liberté d'expression.
Ancienne patronne de la chaîne d'Etat russe RT en France, cette femme de 45 ans est chroniqueuse sur CNews, Europe 1 et le JDNews, médias dans le giron de Vincent Bolloré. La polémique à son sujet s'est enflammée fin mai, après un article du quotidien Le Monde qui lui prêtait une influence grandissante sur le milliardaire conservateur.
Pour le gouvernement français et le président Emmanuel Macron, Xenia Fedorova est une "propagandiste" du Kremlin. Des eurodéputés ont réclamé des sanctions à son égard, et des questions ont émergé sur le renouvellement de son titre de séjour en 2024, pour 10 ans.
Les dirigeants de la galaxie Bolloré, eux, font bloc pour la défendre, en invoquant liberté d'expression et pluralisme des opinions: Maxime Saada et Gérald-Brice Viret, les patrons de Canal+, Arnaud Lagardère, celui d'Europe 1, et Lise Boëll, PDG des éditions Fayard, où Xenia Fedorova a publié en 2025 le livre "Bannie".
Sollicitée par l'AFP via CNews, elle-même n'a pas donné suite.
Longue chevelure brune, teint diaphane, voix fluette et français fortement teinté d'accent russe, elle est aujourd'hui salariée en CDI par les groupes Canal+ et Lagardère, selon des sources internes.
- "Parano" -
"En plateau, c'est ChatGPT: elle ressort les mêmes arguments en boucle", raconte quelqu'un qui la côtoie dans ses médias d'adoption.
Ses interventions sont marquées par des thèses récurrentes: selon elle, "c'est l'Occident qui a décidé de prolonger" la guerre en Ukraine et l'Europe est tentée d'"aller en guerre contre la Russie".
La même source décrit un fort pouvoir d'influence: "Elle rend tout le monde parano". Selon Le Monde, Xenia Fedorova a obtenu que le journaliste Victor Eyraud soit évincé d'Europe 1 et que le général Bruno Clermont le soit de CNews, où il était consultant. Motif: leurs positions lui auraient déplu.
Par le passé, elle a exercé de hautes responsabilités dans la chaîne d'Etat russe RT (Russia Today), ce qui n'est pas précisé quand elle passe sur CNews ou Europe 1. Vue comme un instrument de propagande, RT est interdite dans l'Union européenne depuis mars 2022 et l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Fille d'une ancienne journaliste et d'un ingénieur spatial de l'armée soviétique mort quand elle était petite, Xenia Fedorova entre à RT à Moscou en 2005, aux débuts de cette chaîne en anglais à destination du public international, raconte-t-elle dans "Bannie".
Elle y assure avoir choisi le journalisme plutôt que la diplomatie, convaincue que son "impact" serait "plus grand en exerçant cette profession". Et affirme avoir vécu comme une "blessure intérieure" la "manière biaisée, inexacte et parfois mensongère" dont les médias occidentaux décrivaient la Russie quand elle était adolescente.
- "Lapin dans les phares" -
En 2014, après un diplôme universitaire à Berlin, RT la sollicite pour ouvrir un bureau à Paris, où elle a vécu en 2004. Mais le projet est mis en pause.
En 2017, la patronne de RT, Margarita Simonian, la charge de lancer RT en français. RT France commence à émettre en décembre 2017 et disparaîtra en janvier 2023 après le gel de ses comptes bancaires.
"La Xenia que j'ai connue était charmante, elle m'a toujours laissé faire ce que je voulais", se souvient pour l'AFP le journaliste Frédéric Taddeï, qui a quitté cette chaîne juste avant l'invasion de l'Ukraine.
Ancien président du groupe public Radio France, Jean-Luc Hees a siégé au comité d'éthique de RT France et rencontré sa dirigeante "deux ou trois fois".
"Elle était comme un lapin dans les phares d'une voiture tellement elle avait peur d'un problème avec le CSA", l'ancêtre de l'Arcom, le régulateur de l'audiovisuel, juge-t-il.
Dans son livre, Xenia Fedorova jure n'avoir "jamais reçu de directives": "Les rumeurs selon lesquelles je recevais des appels du Kremlin, voire directement de Vladimir Poutine, étaient risibles".
En pleine polémique Fedorova, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé qu'il tiendrait cette semaine une conférence de presse sur les ingérences étrangères aux élections.
賴-X.Lài--THT-士蔑報