Israël inaugure sa première ambassade en Slovénie, symbole de rapprochement diplomatique
Israël a ouvert mercredi sa première ambassade à Ljubljana, en présence du ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar, qui a remercié le pays pour son "amitié", illustrant le net réchauffement des relations entre Israël et la Slovénie depuis le retour au pouvoir du nationaliste Janez Jansa.
"Une ambassade, c'est plus qu'un drapeau sur un bâtiment. C'est un investissement dans une relation et un engagement pour son avenir. Et c'est exactement ce que nous prévoyons de faire ensemble", a ajouté M. Saar lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue slovène Tone Kajzer.
"Israël se souvient de ses amis. Comme vous vous êtes tenus à nos côtés, nous nous tiendrons aux vôtres", a-t-il souligné.
Interrogé sur ses attentes vis-à-vis des Slovènes et de leur éventuelle aide pour déplacer les Palestiniens de Gaza, il a affirmé que son pays n'avait "pas l'intention d'expulser ni de déporter qui que ce soit de la bande de Gaza".
En revanche, "si quelqu'un souhaite émigrer de son plein gré, et qu'il existe un pays prêt à l'accueillir, comme cela se produit dans toute zone de conflit dans le monde, nous ne nous y opposerons pas", a-t-il ajouté, alors que plusieurs membres du gouvernement israélien ont évoqué des projets visant à faire partir les deux millions d'habitants de la bande de Gaza ravagée par la guerre.
Les rapports entre Israël et la Slovénie s'étaient très fortement dégradés sous le précédent gouvernement de centre-gauche de Robert Golob, qui avait notamment qualifié l'offensive militaire israélienne à Gaza de "génocide".
Depuis qu'il a retrouvé fin mai le poste de Premier ministre qu'il avait déjà occupé à trois reprises entre 2004 et 2022, Janez Jansa a notamment levé l'embargo sur les armes à destination d'Israël et annulé l'interdiction d'importer des produits en provenance des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.
- "Réparer les dégâts" -
De son côté, le parti libéral Mouvement Liberté (GS) de M. Golob a annoncé mercredi son intention de déposer une motion de censure contre M. Jansa en raison de sa politique vis-à-vis d'Israël.
Il l'a accusé de "renvoyer l'ascenseur" après avoir bénéficié du soutien d'Israël pendant la campagne électorale pour les législatives de mars.
Ces accusations reposent notamment sur des vidéos censées révéler des faits de corruption au sein du gouvernement Golob et dont la réalisation a été attribuée par plusieurs médias à la société israélienne de renseignement privé Black Cube.
M. Jansa avait reconnu avoir rencontré un responsable de Black Cube, tout en niant avoir commandité cette opération.
Dans un message publié sur X lundi, il affirme vouloir uniquement "normaliser la politique étrangère de la Slovénie et réparer les dégâts" commis selon lui par son prédécesseur contre les intérêts des Slovènes.
Dans un message publié fin août, Benjamin Netanyahu l'a remercié pour le veto qu'il a opposé à un projet de déclaration commune de l'UE condamnant les projets d'extension des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.
Ce nouveau positionnement ne fait cependant pas l'unanimité en Slovénie, où le parti de M. Golob est arrivé en tête des législatives mais n'a pas réussi à former de gouvernement.
- "situation très inconfortable" -
Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées, encadrées par un important dispositif policier, pour une marche dans le centre de Ljubljana passant devant l'hôtel où a eu lieu l'inauguration.
Les manifestants portaient des banderoles avec les inscriptions "Nous sommes ensemble pour la paix et la Palestine", ou "Le génocide n'est pas de la légitime défense".
Urska Breznik, historienne de l'art de 48 ans, estime que l'administration Jansa est "un gouvernement de collaboration".
"Cela donne une très mauvaise image de la Slovénie", a déclaré à l'AFP une autre manifestante, Melina Sahernik, 65 ans, retraitée.
Selon un sondage réalisé par le quotidien Delo en juin, 56% des Slovènes sont opposés à un resserrement des liens avec Israël, tandis que 14% y sont favorables.
L'ancien président slovène Danilo Turk a jugé la situation "très inconfortable".
"La Slovénie est devenue un instrument de la politique israélienne", a-t-il déclaré à l'AFP.
Dans une tribune publiée samedi, l'éditorialiste du quotidien Dnevnik a dénoncé la diplomatie pro-israélienne du gouvernement, affirmant que "personne n'a autorisé un tel changement de cap".
"Jansa est désormais le cheval de Troie des Etats-Unis et d'Israël" au sein de l'UE, en lieu et place de Viktor Orban, écarté du pouvoir après sa défaite aux législatives hongroises d'avril, a-t-il ajouté.
M. Saar est accompagné d'une délégation de chefs d'entreprise.
Israël et la Slovénie ont établi des relations diplomatiques en 1992, mais l'Etat hébreu ne disposait jusqu'ici d'aucune ambassade permanente à Ljubljana et y était représenté par des ambassadeurs non résidents.
張-H.Zhāng--THT-士蔑報