The Hong Kong Telegraph - Combats dans le nord de l'Ethiopie: origines, lignes de front, acteurs, ce que l'on sait

Hong Kong -

DANS LES NOUVELLES

Combats dans le nord de l'Ethiopie: origines, lignes de front, acteurs, ce que l'on sait
Combats dans le nord de l'Ethiopie: origines, lignes de front, acteurs, ce que l'on sait / Photo: - - AFP

Combats dans le nord de l'Ethiopie: origines, lignes de front, acteurs, ce que l'on sait

Depuis le 23 septembre, des combats ont repris dans le nord de l'Ethiopie. Les hostilités ont éclaté après des mois de tensions entre le gouvernement fédéral et les autorités rebelles de l'Etat régional du Tigré.

Taille du texte:

Quelques jours auparavant, le TPLF et six autres groupes armés opposés au gouvernement - aux intérêts parfois opposés - avaient annoncé s'allier pour "renverser" le gouvernement de M. Abiy.

Pourquoi ce conflit ?

L'antagonisme est ancien entre le gouvernement éthiopien du Premier ministre Abiy Ahmed et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) qui dirige de fait - et illégalement selon Addis Abeba - le Tigré.

Rébellion ayant renversé le régime militaro-marxiste du Derg en 1991, le TPLF a ensuite gouverné l'Ethiopie jusqu'à la nomination en 2018, sur fond de contestation populaire, d'Abiy Ahmed.

Ce dernier s'est employé à marginaliser le TPLF, qui s'est replié sur son fief historique du Tigré, défiant l'autorité fédérale jusqu'à ce qu'éclate la guerre en novembre 2020. Ce conflit, le plus meurtrier récemment dans le monde, a fait au moins 600.000 morts, selon l'Union africaine.

Un accord de paix en 2022 a fait taire les armes mais certaines dispositions n'ont jamais été appliquées, alimentant les tensions. Depuis août, des drones éthiopiens ont frappé à de nombreuses reprises des cibles militaires au Tigré.

M. Abiy est en outre confronté à travers le pays à de multiples conflits armés d'intensités diverses, alimentés par des revendications politico-identitaires, dans un pays mosaïque de 80 peuples.

Dans l'Etat régional le plus peuplé, l'Oromia, qui enserre Addis Abeba, l'Armée de libération de l'Oromia (OLA) a refusé de déposer les armes en 2018 et continue de lutter violemment pour la cause nationaliste oromo.

En Amhara, deuxième Etat le plus peuplé, voisin du Tigré, les milices populaires Fano sont insurgées depuis 2023, après une tentative de M. Abiy de désarmer des forces régionales.

Quelle est la situation sur le terrain ?

Les combats se déroulent à environ 600 km de route d'Addis Abeba et la situation exacte sur les divers fronts est difficile à apprécier.

Le 23 septembre, le TPLF s'est emparé des trois aéroports opérationnels du Tigré, où les autorités fédérales avaient une présence, rare dans l'Etat régional.

Des combats ont depuis été signalés dans les Etats voisins de l'Amhara et de l'Afar, dans des zones proches du Tigré. En Afar, les combattants du TPLF se sont emparés dimanche de la localité d'Erebti, située dans une zone montagneuse à une soixantaine de kilomètres de route du Tigré.

En Amhara, les miliciens locaux Fano participent aux combats contre les forces fédérales, notamment autour de la ville sainte de Lalibela, selon Acled, ONG spécialisée dans la collecte et l'analyse de données sur les conflits mondiaux.

Les lignes de front ont peu bougé depuis la reprise des combats, selon les données d'Acled. Mais lundi, les forces fédérales ont conquis une première localité importante au Tigré, Alamata, située à une quinzaine de km à l'intérieur de l'Etat régional, sur une route menant sur moins de 200 km à Mekele, la capitale régionale.

En Afar, le TPLF a pris dimanche Erebti, localité située à une soixantaine de km du Tigré.

Quels risques pour le gouvernement ?

"Pour l'heure, le gouvernement fédéral semble considérer la reprise des combats comme un défi gérable", note Jalale Getachew Birru, analyste d'Acled, soulignant que l'armée éthiopienne a repris du terrain en prenant pied à Sekota (en Amhara) et Alamata.

Mais "l'avance du TPLF (...) en Afar est susceptible de changer la donne si elle menace l'axe" reliant la capitale Addis Abeba à Djibouti, ajoute-t-elle.

Le contrôle de cette route, selon l'analyste, "pourrait donner au TPLF un moyen de pression sur le gouvernement fédéral en menaçant le principal passage vers le port de Djibouti", par où transite l'essentiel du commerce de l'Ethiopie enclavée.

L'alliance antigouvernementale réunit plusieurs groupes aux capacités diverses. Et pour l'heure, seuls TPLF et Fano semblent impliqués dans les combats.

L'armée éthiopienne dispose de l'avantage du nombre et de drones qui ont modifié la physionomie du précédent conflit.

Mais le TPLF "n'est pas une quelconque force rebelle. C'est un mouvement très bien organisé, politiquement mais aussi en terme de capacité militaire" qui a "une forte expérience de la guerre", explique à l'AFP David Gebre-Medhin, professeur en Etudes des conflits à l'Ecole de défense de Suède.

"Il ne faut les sous-estimer", souligne le chercheur. Doutant d'une future "offensive tous azimuts pour prendre Addis Abeba", il estime que le TPLF "peut consolider son pouvoir sur la région et créer une sorte de conflit gelé".

En Amhara, les Fano occupent d'importantes zones rurales, menant des actions de guérilla et s'emparant parfois de localités qu'ils s'avèrent incapables d'occuper durablement.

韓-L.Hán--THT-士蔑報