The Hong Kong Telegraph - "Tout le monde s'en fout" : à l'Assemblée, le spleen budgétaire bat des records

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"Tout le monde s'en fout" : à l'Assemblée, le spleen budgétaire bat des records
"Tout le monde s'en fout" : à l'Assemblée, le spleen budgétaire bat des records / Photo: Kenzo TRIBOUILLARD - AFP

"Tout le monde s'en fout" : à l'Assemblée, le spleen budgétaire bat des records

Persuadés que tout se finira par un 49.3 ou des ordonnances, éclipsés ou accaparés par la crise sociale et la présidentielle, les députés ont bien du mal à trouver un sens à leurs débats budgétaires malgré leurs inquiétudes sur l'état des comptes.

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Un hémicycle qui sonne souvent creux, des votes à une grosse centaine de députés voire moins... la pièce jouée cette année n'est pas totalement nouvelle.

Dépourvu de majorité, le gouvernement a passé chaque budget de l'Etat depuis 2022 par l'article 49 alinéa 3, lui permettant de réécrire la copie à sa guise, et relativisant sensiblement l'impact des parlementaires.

Mais cette année la lassitude est plus palpable que jamais au Palais Bourbon : "je n'ai jamais vu débat budgétaire de ce type", pointe un conseiller parlementaire. "C'est vertigineux à quel point tout le monde s'en fout".

- Débat terne -

Ponctuellement l'hémicycle renoue avec les joutes passionnées : lors d'un débat enflammé sur la taxation des hauts patrimoines et la taxe Zucman, ou sur la réforme des exonérations de cotisations patronales.

Le plus souvent, il se fait terne, machinal, des députés, y compris du camp gouvernemental, supprimant des pans entiers de la copie. Le ministre du budget David Amiel (Renaissance) alertant en retour sur l'envolée virtuelle du déficit.

"La majorité (macroniste) s'en fout encore plus que d'habitude. Le gouvernement a complètement lâché le débat", estime Jean-Philippe Tanguy, cadre RN sur le budget.

Et ce proche de Marine Le Pen d'ajouter : "j'y vais oui, parce qu'il faut bien défendre nos idées, mais plus personne de rationnel ne pense que c'est à l'Assemblée que les choses se décident en ce moment".

Contrairement à l'an dernier, où un accord s'était noué au prix d'une suspension de la réforme des retraites, aucun compromis ne semble se dégager.

"Il n'y a aucun moment où quelqu'un au gouvernement ou au bloc central est venu me voir en me disant qu'il y a peut-être quelque chose à faire, de manière exceptionnelle cette année", déplore Sandrine Runel, cheffe de file socialiste sur le budget de la Sécu.

Pour l'un des leaders de gauche à l'Assemblée, cet horizon bouché explique en partie la faible mobilisation. Mais les manifestations et la contestation sociale ont aussi un impact, - "plusieurs collègues sont restés en circonscription" -, tout comme l'ombre écrasante de la présidentielle, "ce n'est pas dans l'hémicycle que ça se joue".

Le budget ? "Il faut s'en débarrasser le plus rapidement possible", estime un soutien de Gabriel Attal, candidat Renaissance.

"Tout le monde sait qu'il y a des élections législatives en juin", analyse un cadre du camp gouvernemental pour qui les élus se demandent à quoi bon "sacrifier des heures précieuses" en circonscription pour un hémicycle où ils pensent ne servir "à rien".

- "Nerf de la guerre" -

Pour conjurer la sinistrose, des chefs de groupes sonnent le tocsin.

"Si les parlementaires se fichent du budget, je ne sais pas avec quoi on va s'occuper. C'est quand même le nerf de la guerre", a lancé le patron du groupe MoDem Marc Fesneau.

"Il y a un gros trou au centre c'est criant", déplore son homologue à Horizons, Laurent Marcangeli, "désespéré" de voir les présidents de séance écarter autant d'amendements "non défendus" car leurs auteurs sont absents: "les combats qu'on est sûr de perdre c'est ceux qu'on ne mène pas".

Avec une hausse des taux d'emprunt et une charge de la dette publique revenus au coeur de la campagne présidentielle, les débats sur le budget n'auraient pas d'impact ?

Philippe Juvin (LR), rapporteur général du budget de l'Etat, s'alarme au contraire des amendements aggravant le déficit, même virtuellement, avec "un risque de méfiance généralisée sur les marchés". Et appelle à un 49.3 rapide pour baisser le rideau.

Député depuis 2017, le président insoumis de la commission des Finances Eric Coquerel, conteste l'absence d'intérêt pour ces débats : "je suis étonné du nombre de personnes qui s'intéressent au budget", en circonscription.

S'il aimerait réformer la procédure, pour que les débats en commission comptent davantage, il note un paradoxe "depuis que l'Assemblée nationale ne vote plus le budget, les citoyens s'y intéressent beaucoup plus".

sac-parl/sl/spi

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