Les clés de la réélection historique de Lula au Brésil
Mobilisation populaire, offensive sur les réseaux sociaux, rejet du bolsonarisme : voici les clés pour comprendre comment Lula a réussi à déjouer les pronostics, en remportant dimanche un nouveau mandat à la tête du Brésil face au conservateur Flavio Bolsonaro.
En engrangeant plus de dix millions de voix supplémentaires entre les deux tours, Luiz Inacio Lula da Silva est devenu le premier dans le pays à renverser la tendance du premier tour et à décrocher un quatrième mandat.
Aucun sondage n'avait anticipé la victoire, avec près de 52% des suffrages, de l'ancien leader syndical, qui aura 81 ans mardi.
- Jeunes dans la rue -
Après la défaite du premier tour, les partisans du président sortant, et notamment les jeunes et les étudiants, se sont mobilisés à travers le pays derrière le mot d'ordre "Plus jamais Bolsonaro".
"La mobilisation de la jeunesse a été fondamentale, le Parti des travailleurs (de Lula, ndlr) a réussi à se reconnecter avec ce public", indique à l'AFP Eduardo Grin, analyste politique à la Fondation Getulio Vargas.
Le leader de gauche lui-même a reconnu ne pas avoir assisté à une telle mobilisation dans la rue depuis la fin de la dictature militaire (1964-1985), lorsque des manifestations monstres avaient réclamé des élections démocratiques.
- Troupes numériques -
Reconnaissant que la campagne du premier tour avait été la plus "désorganisée" de sa carrière, Lula a radicalement changé sa stratégie et misé sur les réseaux sociaux.
Non seulement il s'est rapproché de jeunes élus influents sur les réseaux sociaux, mais pour la première fois il s'est acheté un téléphone portable, se proclamant même "roi du selfie".
Dans son sillage, la gauche s'est mobilisée sur les plateformes, investissant massivement un terrain jusque-là dominé par la droite.
"De nombreux électeurs de gauche ont passé des heures et des heures chaque jour juste à poster des choses" en faveur de Lula ou contre son rival, souligne l'analyste Oliver Stuenkel.
"Cette activité sur les réseaux sociaux a été épuisante", confie à l'AFP Taiza Mendonça, une publicitaire de 36 ans de Rio de Janeiro. Elle raconte avoir vu ses "tantes de 60 ans" se mettre à manier le jargon des réseaux.
Ce virage numérique a eu son symbole : une chaîne de diffusion sur WhatsApp baptisée "l'Armée de Lula", qui a connu un succès phénoménal, jusqu'à réunir près de onze millions de membres.
- Rejet du clan Bolsonaro -
"La mobilisation dans les rues et sur les réseaux a réussi à susciter la peur d'un retour de la famille Bolsonaro au pouvoir et des craintes pour la démocratie et les droits sociaux", estime Eduardo Grin.
Flavio Bolsonaro, 45 ans, a été adoubé comme candidat par son père, l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022). Ce dernier a été condamné à 27 ans de prison pour une tentative de coup d'État après sa réélection manquée face à Lula en 2022.
Son gouvernement a été marqué par une hausse de la pauvreté, une gestion très critiquée de la pandémie de Covid-19 - qui a fait 700.000 morts - et une déforestation déchaînée en Amazonie.
D'une grande ressemblance physique avec son père, il avait fait savoir pendant la campagne que celui-ci serait sa "boussole", promettant de le gracier s'il accédait au pouvoir.
- La machine publique -
Dans la dernière ligne droite, Lula a fait marcher à fond la machine étatique, multipliant les mesures sociales dans un contexte marqué pourtant par une dette en forte hausse.
Le Parlement lui a offert une victoire clé en approuvant une réforme qui garantit deux jours de repos par semaine aux travailleurs, l'un des étendards de sa campagne.
Le gouvernement a aussi revalorisé et avancé le versement mensuel de la Bolsa Familia, une aide financière destinée aux familles les plus modestes. Créée par Lula dans les années 2000, elle bénéficie à près de 50 millions de Brésiliens.
Il a en outre annoncé une remise des dettes des microentrepreneurs et une suspension des taxes sur le carburant, et promis la gratuité dans les transports.
Des détracteurs ont crié à l'achat de voix. "Je ne vais pas renoncer à accorder un avantage que je peux donner sous prétexte qu'il y a des élections", a argué Lula en pleine campagne.
曾-M.Zēng--THT-士蔑報