La mégafusée Starship d'Elon Musk signe son premier vol en orbite
La mégafusée Starship d'Elon Musk a atteint lundi l'orbite terrestre lors d'un vol test, un succès clé pour le développement de ce gigantesque lanceur pensé pour envoyer des datacenters dans l'espace et mener des voyages vers la Lune et Mars.
Environ vingt-cinq minutes après son décollage matinal depuis le Texas, la fusée la plus grande et la plus puissante jamais conçue a commencé à orbiter autour de la Terre et à déployer des satellites opérationnels pour la première fois.
Accompagnées des applaudissements nourris des ingénieurs, ces étapes constituent une véritable avancée pour l'entreprise américaine SpaceX, qui a réalisé en juin une entrée en Bourse retentissante.
Après environ dix ans de développement et trois ans de vols d'essai de la fusée dans sa configuration complète, ce 14e vol test constituait la première tentative d'atteinte de l'orbite.
Jusque-là, l'entreprise avait volontairement suivi des trajectoires suborbitales, plus sûres et moins difficiles, afin d'évaluer la fusée et d'y apporter des modifications au fil des succès et des échecs.
"Nous n'irons en orbite que si tout semble en ordre sur tous les plans", avait prévenu juste avant le décollage Jake Berkowitz, un ingénieur de SpaceX.
La décision des équipes de pousser le test jusqu'au vol orbital s'est d'ailleurs avérée plus complexe que prévue, l'un des moteurs de l'étage supérieur de la fusée, le vaisseau, s'étant prématurément arrêté dans la montée.
Après avoir évoqué un possible arrêt du test lors de la retransmission vidéo, Dan Huot, responsable de l'entreprise, a fini par indiquer après quelques minutes suspendues qu'il se poursuivrait.
- 28.000 km/h -
La décision de réaliser la poussée supplémentaire pour atteindre l'orbite était complexe car une perte de contrôle de l'immense engin en orbite ferait craindre des dégradations pour les satellites qui s'y trouvent, ou une rentrée incontrôlée dans l'atmosphère.
De précédents tests de Starship, tous conduits sur des trajectoires suborbitales, s'étaient soldés par de spectaculaires explosions, notamment au-dessus des Caraïbes.
Et atteindre l'orbite est très difficile car cette étape requiert une force et une résistance particulière.
Dans le cas de ce vol, SpaceX visait une orbite circulaire à environ 275 km au-dessus de la surface terrestre, ce qui imposait à Starship d'atteindre une vitesse d'environ 28.000 km/h.
Prévu pour durer environ dix heures, ce test a également vu l'étage supérieur de la fusée déployer 26 satellites Starlink de nouvelle génération, destinés à enrichir la constellation d'internet satellitaire déjà gigantesque de l'entreprise.
Si tout se passe comme convenu, Starship finira ensuite sa course dans le Pacifique, après avoir fait six fois le tour de la Terre.
- Pressions du public -
Ce vol d'essai marque l'entrée de Starship dans une nouvelle phase de test, qui devrait notamment comporter des tentatives de ravitaillement en carburant en orbite.
Autant de défis techniques qui restent à relever avant que la mégafusée, qu'Elon Musk souhaite rendre totalement réutilisable, ne puisse mener des vols commerciaux, déployer des datacenters en orbite ou encore rejoindre la Lune ou la planète rouge.
D'un point de vue d'ingénierie, rien qu'un décollage sans encombre lundi aurait constitué "une réussite", avait indiqué Kathleen Curlee, analyste spatiale à l'université Georgetown en amont du lancement. Mais pour le public et les nouveaux investisseurs de SpaceX, les attentes sont toutes autres.
"Ils doivent désormais effectuer des essais spectaculaires", car le contraire serait "perçu comme un échec par le grand public", avait pointé la chercheuse auprès de l'AFP.
D'autant que le développement de Starship, dont une version modifiée doit servir au programme lunaire de la Nasa, a accumulé les retards et qu'une entreprise chinoise a récemment réalisé des progrès dans le domaine des fusées réutilisables.
Reste que SpaceX, qui a fait de la prise de risque son mantra, continue de dominer largement le marché mondial des lancements spatiaux grâce à ses fusées Falcon en partie réutilisables.
Qu'il soit couronné ou non de succès, ce quatorzième vol test sera suivi la même semaine par trois autres lancements de fusées de SpaceX, dont une qui transportera un équipage d'astronautes vers la Station spatiale internationale (ISS).
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